Le carnaval battait son plein. Ces peaux bronzées qui s'agitaient au rythme de la samba lui donnaient le tournis. Toutes ces poitrines généreuses, ces ventres bombés, ces hanches doucement galbées, toute cette impudeur impunément affriolante le faisaient devenir fou. Il était de plus en plus affamé de chair fraîche. Depuis la veille, il n'était pas passé à l'attaque. Il y avait trop de monde partout, il ne voulait pas courir le risque de se faire remarquer.
Il quitta la rue suffisamment agitée à son goût et s'engouffra dans une petite impasse qui embaumait le chèvrefeuille. Il s'arrêta quelques secondes, tous ses sens en éveil. Il était un as dans sa spécialité, il savait les repérer à des lieues à la ronde. Un léger bruit lui fit lever une tête de fouine au regard injecté de sang. C'est alors qu'il l'aperçut, nimbée d'une douce lumière. Une superbe rousse avec une peau laiteuse et capiteuse à souhait. C'était exactement le genre de créature dont il raffolait. Il en avait plus qu'assez de toutes ces peaux foncées. Celle-ci, il la lui fallait à tout prix !
Inconsciente de la menace tapie dans l'ombre, Julie était accoudée à la balustrade de son appartement situé au rez-de-chaussée. La soirée était particulièrement belle et en fermant les yeux, elle écoutait la musique qui provenait de Venise en folie. D'un geste gracieux, elle remonta d'une main sa lourde chevelure cuivrée, en penchant sensuellement la tête en arrière, tandis qu'elle promenait son autre main le long de sa gorge mince et gracile, où perlaient quelques gouttes de sueur. Il en eut un tremblement de plaisir. Une excitation sans nom s'empara de lui. Mais il lui fallait jouer de prudence. La dernière proie à laquelle il avait voulu s'attaquer avait bien failli le faire prendre. Il avait vraiment eu très peur. Rien que d'y penser, il se plaqua un peu plus dans les branches du chèvrefeuille. Puis il se souvint : c'était une belle nuit comme celle-ci : une superbe métisse, en tenue d'Eve, était voluptueusement allongée sur un lit à baldaquin. Ses draps en satin groseille faisaient un écrin sanguinolent à sa peau délicieusement ambrée. Il avait eu un frisson d'extase en s'imaginant plonger son dard érectile dans la moiteur de cette appétissante créature. Il faisait très chaud et la porte-fenêtre était grande ouverte. Ce fut un jeu d'enfant que de pénétrer dans la chambre baignée par la douce clarté de la lune. Il s'était doucement approché, en faisant à peine vibrer l'air autour de lui. Il n'était plus qu'à quelques centimètres de la belle endormie, quand celle-ci avait violemment sursauté en poussant un cri et frappant l'air en tous sens de ses petits poings. Il avait à peine eu le temps d'esquiver les coups et d'aller se planquer derrière les lourdes tentures, quand un homme était entré en disant : " Allons mon amour, ce n'est qu'un mauvais rêve... ".
Oui, il avait eu vraiment très peur. Mais ce soir, il était bien décidé à ne pas laisser passer sa chance. Il lui fallait juste être patient et quêter le moment propice. Alors il se cala un peu plus dans le chèvrefeuille qui lui tournait un peu la tête et il attendit. La beauté rousse étouffa un bâillement du revers de sa main et s'étira comme le font les chats. Puis arriva enfin le moment que le scélérat espérait, le moment où elle changerait de position et tournerait le dos à l'ennemi. Elle appuya ses reins souples à la balustrade, déployant ses bras comme des ailes de papillon. Elle était magnifique, ainsi offerte. Sa peau crémeuse brillait doucement, là où le déshabillé laissait transparaître quelques taches de rousseur. Cette vision l'excita au plus haut point. Il n'en pouvait plus de rester là sans rien faire. C'était le moment propice pour passer à l'attaque. C'est ce qu'il fit. Il quitta sa cachette feuillue et arriva sans bruit derrière Julie...
Mon dieu, quel délice ! Il en fermait les yeux de plaisir, quand il ressentit un coup si violent qu'il l'assomma à moitié et en perdit l'équilibre. Il fut projeté sur le sol et avant qu'il n'ait pu esquisser le moindre mouvement, un pied chaussé de mules vint s'écraser sur lui, lui faisant éclater la tronche. Les derniers mots qu'il entendit furent " cochon de moustique ! ".