Version du 17 avril 2005

Hommage des magazines aux rousses
NOUVEL OBSERVATEUR


Nicole FAUCQUEZ :
La mode préfère les rousses !



" Je suis rousse, et alors... ? " semble proclamer avec insolence Isabelle Adjani en couverture des magazines. Sa longue chevelure ondulée et cuivrée est signée de John Nollet, le coiffeur des stars de l'écran. Une icône de mode à rapprocher de la métamorphose de John Galliano en... Napoléon, pour le dernier défilé Dior haute couture en janvier. Mais au lieu de la chevelure de jais du Premier consul, ce sont des mèches rousses qui s'échappaient de son bicorne !
Signe des temps ? " C'est une vraie tendance : le roux s'installe partout parce que c'est une teinte qui flatte, à condition qu'elle s'adapte à la couleur des yeux et à la nuance de la carnation ", souligne Christophe Robin, le talentueux coloriste trendy qui a transformé le créateur de Dior. Côté pub, il est vrai, ce printemps consacre, après la revanche des blondes (Charlize Theron pour Dior, Nicole Kidman pour Chanel...), le triomphe des rousses. La campagne des maillots de bain Eres exalte les charmes de la top américano-hollandaise Guinevere, dont les cheveux flamboient sur une peau diaphane. Chez Yves Saint Laurent, Stefano Pilati, le nouveau directeur de la création, craque pour Karen Elson, incarnation de la marque pour le prêt-à-porter et les accessoires. La belle Anglaise a séduit également Jean Paul Gaultier : la voici, mi-ange mi-fatale, photographiée par Jean-Baptiste Mondino pour la promotion du parfum Classique. On l'a aussi remarquée sur les affiches du Bon Marché pour le Théâtre de la beauté. Sur les podiums des collections, c'est une véritable invasion : Elise Crombez, Lili Cole, Maggie Rizer, Lizzie, Ingwild, Mallory et autres top models confirment que le roux revient, plus intense que jamais.

Longtemps, les blondes ont incarné l'image de la féminité, du luxe et du glamour, en dehors de quelques marginales comme Angie Everhart qui a marqué la mode des années 1980. Aujourd'hui, " les cheveux deviennent des accessoires de mode à part entière. Le roux, qui offre des camaïeux extraordinaires, affiche une certaine sensualité et un caractère affirmé ", explique John Nollet. Entre le rouge et l'ocre, les nuances d'ambre et d'acajou, le roux évoque le feu - d'où, symboliquement, le flamboiement des passions, l'intensité du désir, voire les tentations. Comme le suggèrent certaines toiles de Toulouse-Lautrec ou de Van Dongen. Mais il peut évoquer aussi une certaine innocence : teint pâle et taches de rousseur dans l'esprit irlandais.
Selon Marie Chauveau, présidente de l'agence de conseil en communication Mafia, " les mannequins rousses ont des peaux qui irradient énormément. Nous les choisissons souvent parce qu'elles dégagent une certaine lumière, en parfaite osmose avec la lingerie et les maillots de bain. Un peu comme dans certains tableaux flamands. On apprécie cette douceur, cet éclairage par rapport à la peau, et le contraste avec la chevelure rousse qui accroche magnifiquement la lumière. " Une source d'inspiration pour la plupart des photographes. " Quand je vois une rousse, j'aime le côté éthéré, charmant, avec des taches de rousseur. C'est la beauté avec la délicatesse en plus. C'est botticellien, tout simplement ", note le grand photographe de mode Jean Larivière. Et pour Dominique Caffin, qui recrute les modèles pour l'agence IMG, une rousse possède une aura particulière, est toujours unique - donc particulièrement recherchée.

Jusqu'aux dernières lignes de soins lancés par les coiffeurs qui confirment la tendance : John Frieda lance Rayonnante Red, six produits pour entretenir et sublimer les chevelures rousses. Chez Camille Albane, voici trois nouvelles nuances : havane, chocolat et caramel. Chez L'Oréal Professionnel, la collection Majirel, une gamme de douze tons cuivrés. Sexy ou candide, prétexte à tous les désirs et tous les rêves, cette nouvelle couleur fétiche est, en 2005, celle du glamour et de la séduction.



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