10 janvier 2006



Les modèles célèbres des peintres



Suzanne Valadon Parmi les artistes, il faut quand même noter l'existence de Suzanne Valadon, qui servit de modèle à Renoir, mais qui fut peintre de talent, elle-même.

Vous avez dit " modèle, modèles..."
J'allais désespérer, lorsque j'ai fait la connaissance d'une autre historienne, Élisabeth, qui attira effectivement mon attention sur les modèles des grands peintres, suggérant que ces femmes présentaient peut-être autant d'intérêt historique que les artistes qui les ont immortalisées.
Cette charmante amie m'a fait parvenir le texte suivant qui, en plus de son intérêt historique, est l'un des beaux hymnes aux femmes rousses que je connaisse. Au fait, Élisabeth n'est pas rousse, mais elle mérite bien d'être nommée " Rousse d'Honneur ", ce que roussesland.com s'empresse de faire.


De FERNIER, J. J., " Courbet, rêves d'homme ", in Courbet l'Amour, catalogue d'exposition ayant eu lieu au musée Ornans durant l'été 1996, pp. 28-29 :

Johanna le pulpeux modèle de Courbet Avant d'aller à Saintes, Courbet avait rencontré sa prochaine passion, la maîtresse de Whistler et son modèle, dans son atelier boulevard des Batignolles. Quinze ans séparent le peintre américain de son aîné Courbet, auquel il voue une profonde admiration. Et Courbet semble vouer la même admiration, non pas à Whistler, mais à sa compagne.
Lorsqu'ils se retrouvent à Trouville pendant la saison de 1865, l'admiration prend la forme du désir. Mademoiselle Johanna Heffernan est irlandaise, catholique, pauvre, surtout très belle et très rousse. De méchantes langues disent qu'elle est une prostituée, modèle de peintre à l'occasion. Courbet s'en moque, mais qu'elle soit rousse, plus somptueuse et plus voluptueuse que tout ce qu'il a connu, cela décuple son désir, et lui rappelle Virginie Binet, rousse elle-aussi.

Johanna, la jeune fille blanche de Whistler Whistler ne la voit pas de la même façon. Son tempérament le pousse à idéaliser et Johanna est à ses yeux un être diaphane. Courbet, lui la sent femme. Sensuelle, accessible. Il fait son portrait plusieurs fois, de profil, se mirant dans une glace, la main enfouie dans la vague de ses cheveux roux. Pour toujours elle sera Jo, l'Irlandaise.


Paresse et Luxure Lorsque Whistler, en plein hiver, part brutalement pour défendre le Chili en guerre, Courbet accueille Jo pour quelques nus qu'on lui commande et pour lesquels elle pose volontiers. Un déferlement d'érotisme envahit l'atelier et Courbet peint Paresse et Luxure, dit Le Sommeil, dit Les deux Amies, dit également à l'époque les "Deux gougnottes".
Lorsque Whistler revient à l'automne 1866, il ne retrouve pas Johanna, Courbet en revanche, à 47 ans, a découvert les plus grands élans de l'imaginaire érotique. Le corps de Jo, livré à la passion du peintre est devenu le réceptacle de tous ses fantasmes. Elle est Vénus, elle est Psyché, elle est la porteuse de perroquet, elle est l'héroïne saphique du Sommeil,

Johanna, elle est bien rousse ! elle est pour l'éternité le sexe, (chaste à force de réalisme) de l'Origine du Monde, cette oeuvre baladeuse qui de Khalil-Bey au baron de Hatvany avait traversé les tempêtes des guerres européennes pour être découverte par la belle Silvia Bataille, épouse du psychanalyste Lacan, et finir sous les cimaises du Musée d'Orsay, après avoir été présentée au Brooklyn Museum de New-York et au Musée Courbet d'Ornans, où elle était le contre-chant de la Loue voisine, dans une cave mystérieuse tout entière organisée pour elle. Courbet, explique Michèle Haddad, en fixant le sexe de Jo, pour répondre à la commande qui lui avait été faite, avait retrouvé " le geste archaïque de l'artiste qui dessine les emblèmes féminins en hommage à la Nature. " J'ajoute qu'il avait sacrifié sur l'autel de l'érotisme, sa reconnaissance envers mademoiselle Heffernan, son ultime égérie. Et que l'exercice du peintre est patent, mais qu'il faut une singulière maîtrise de soi pour l'exécuter. Je ne sais pas à qui va le plus mon admiration : au peintre ou au modèle tenant la pose… ?

Dans la vie amoureuse de Courbet, le passage de Jo est un véritable typhon intérieur. Avec son départ, tout feu s'apaise en Courbet pour ne plus se réveiller qu'épisodiquement, la vie politique prenant le pas sur celle des sens. Il songe encore à Jo, lorsqu'en prison, il peint sur le mur de sa cellule une roussotte. Il songe à elle, lorsqu'il emporte en exil son portrait devant son miroir, qu'il avait toujours refusé de vendre. Jusqu'au dernier jour de sa vie, le portrait de Jo sera à portée de regard dans la maison de Bon-Port. Jo, elle-même, devenue par son mariage Madame Abbott, antiquaire à Nice, parle de Courbet à ses visiteurs et garde de lui un paysage que lui avait offert son illustre peintre.

Avec l'aide d'Élisabeth, je vous parlerai encore des modèles de peintres. voici ce qu'elle nous dit de Rossetti, l'un des peintres qui exprima le mieux la rousseur :

Alexa Wilding
Les préraphaélites sont un groupe de jeunes artistes anglais du XIXème siècle qui refusaient l'enseignement de l'art victorien et on créé un mouvement inspiré de l'art d'avant Raphaël. Leur vocation, au départ religieuse, a évolué chez certains de ces peintres, notamment chez Dante Gabriel Rossetti, qui a délaissé peu à peu les scènes trop solennelles pour se consacrer au portait féminin, et il eut plusieurs modèles célèbres, comme Alexa Wilding (rousse) et Elizabeth Siddal (rousse également).



Elisabeth Siddal
Élisabeth Siddal - dite Lizzie- était apprentie modiste. Cette activité étant très peu rémunératrice, comme beaucoup de ses collègues, elle posait des artistes.
C'est ainsi qu'elle servit de modèle pour la célèbre Ophélie de Millais. Pour cela, elle avait dû poser toute habillée dans une baignoire à l'eau mal chauffée par des bougies allumées dessous. Elle en contracta une pneumonie.

Ophélia de Millais Dante Gabriel Rossetti fit la connaissance d' Elizabeth alors qu'elle posait pour Deverell. Ce fut pour lui un choc et pendant dix ans elle hanta littéralement ses toiles.
Durant tout ce temps, Rossetti respecta la chasteté et la réserve de Lizzie. Il semble qu'il établissait un parallèle avec la relation entre son illustre homonyme, Dante, et Béatrice. Ainsi Élisabeth était la femme infiniment désirable mais inaccessible.
Rossetti, qui ne manquait pas de tempérament, eut plusieurs maîtresses pendant cette période de rapports chastes avec son modèle préféré.

Élisabeth Siddal, dont la santé s'était encore altérée, partit en cure dans une station thermale du Sussex. Sa passion étant encore exacerbée par cette absence, Dante Gabriel décida de l'épouser.
Ce mariage n'empêcha pas Lizie de commencer à absorber de fortes doses de Laudanum. Un soir où Rossetti travaillait avec Fanny Cornforth, son ancienne maîtresse, elle absorba une dose de la substance opiacée dix fois supérieure à celle prescrite: Le médecin conclut a une mort accidentelle !

Dante Gabriel se demanda s'il s'était suffisamment préoccupé du bien-être de son épouse...
A titre de repentir, il fit placer dans le cercueil de cette dernière, un cahier contenant tous ses poèmes.
Rossetti s'installa dans la maison Tudor à Chelsea, y rejoignant les poètes Swinburne et Meredith. Il égaya, à la grande joie des autres locataires, son appartement de Wombats, de Paons et de Kangourous.
Sa nouvelle muse prit les traits de Jane Morris qui inspira les dix dernières années de la vie de Rossetti sans que le mari, William Morris ne songea a s'en plaindre.
Jane lui inspira aussi une suite poétique qu'il décida de faire publier avec l'ensemble de son oeuvre poétique. Hélas, la majeure partie reposait à six pieds sous terre, suite à un fâcheux sentiment de culpabilité !...

Dante Gabriel, en homme d'action, s'éloigna de Londres et chargea son agent, le douteux Charles Howell, d'exhumer le cercueil de Lizzie du tombeau familial des Rossetti.
Ainsi, la nuit du 5 Octobre 1869, à la lueur vacillante de torches, Howell s'adonna à la profanation au cimetière de Highgate. Miracle ! Le corps d'Elizabeth Siddal était parfaitement conservé et ses cheveux avaient même si bien poussés qu'ils enserraient le recueil: Howell dut jouer du ciseau pour le libérer. Il désinfecta ensuite chaque page puis les fit sécher avec soin.
Le livre, intitulé " poèmes ", connut un grand succès. Mais Rossetti était désormais la proie d'une mystérieuse langueur de l'âme qu'il entreprit de combattre à l'hydrate de chloral, nouvelle médication dont on devenait rapidement dépendant. Il devait mourir peu de temps après.


Nous accueillerons avec plaisir vos informations,

Écrivez-nous !


Retour à la page d'accueil