Parmi les artistes, il faut quand même noter l'existence de Suzanne Valadon, qui servit de modèle à Renoir, mais qui fut peintre de talent, elle-même.
Avant d'aller à Saintes, Courbet avait rencontré sa prochaine passion, la maîtresse de Whistler et son modèle, dans son atelier boulevard des Batignolles. Quinze ans séparent le peintre américain de son aîné Courbet, auquel il voue une profonde admiration. Et Courbet semble vouer la même admiration, non pas à
Whistler, mais à sa compagne.
Whistler ne la voit pas de la même façon. Son tempérament le pousse à idéaliser et Johanna est à ses yeux un être diaphane. Courbet, lui la sent femme. Sensuelle, accessible. Il fait son portrait plusieurs fois, de profil, se mirant dans une glace, la main enfouie dans la vague de ses cheveux roux. Pour toujours elle sera Jo, l'Irlandaise.
Lorsque Whistler, en plein hiver, part brutalement pour défendre le Chili en guerre, Courbet accueille Jo pour quelques nus qu'on lui commande et pour lesquels elle pose volontiers. Un déferlement d'érotisme envahit l'atelier et Courbet peint Paresse et Luxure, dit Le Sommeil, dit Les deux Amies, dit également à l'époque les "Deux gougnottes".
elle est pour l'éternité le sexe, (chaste à force de réalisme) de l'Origine du Monde, cette oeuvre baladeuse qui de Khalil-Bey au baron de Hatvany avait traversé les tempêtes des guerres européennes pour être découverte par la belle Silvia Bataille, épouse du psychanalyste Lacan, et finir sous les cimaises du Musée d'Orsay, après avoir été présentée au Brooklyn Museum de New-York et au Musée Courbet d'Ornans, où elle était le contre-chant de la Loue voisine, dans une cave mystérieuse tout entière organisée pour elle. Courbet, explique Michèle Haddad, en fixant le sexe de Jo, pour répondre à la commande qui lui avait été faite, avait retrouvé " le geste archaïque de l'artiste qui dessine les emblèmes féminins en hommage à la Nature. " J'ajoute qu'il avait sacrifié sur l'autel de l'érotisme, sa reconnaissance envers mademoiselle Heffernan, son ultime égérie. Et que l'exercice du peintre est patent, mais qu'il faut une singulière maîtrise de soi pour l'exécuter. Je ne sais pas à qui va le plus mon admiration : au peintre ou au modèle tenant la pose… ?

Dante Gabriel Rossetti fit la connaissance d' Elizabeth alors qu'elle posait pour Deverell. Ce fut pour lui un choc et pendant dix ans elle hanta littéralement ses toiles.