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René Caillé, Voyage à Tombouctou, Le rouge de la mariée
Le rouge de la mariée
Mort en 1838, René Caillé fut le premier à traverser l'Afrique, de Saint-Louis-du-Sénégal à Tanger en passant par Tombouctou. La précision et la qualité de ses observations rendent incomparables ses récits de voyages.
On pare la fiancée maure, on lui met le henné pour la rendre plus belle aux yeux de son amant. Le henné croît abondamment dans l'intérieur, les Mauresses pilent ses feuilles qui procurent une couleur rouge pâle, en usage pour leur parure. Les feuilles étant pilées et réduites en pâte, cette pâte est appliquée sur la partie du corps que l'on veut colorer, on la préserve de l'action de l'air en la couvrant et on l'arrose souvent avec de l'eau dans laquelle on a fait macérer de la fiente de chameau. La couleur met cinq à six heures à se fixer, après ce temps, on enlève le marc et la partie qui a été recouverte reste teinte d'un très beau rouge. Elles se mettent le henné sur les ongles, sur les pieds et dans les mains où elles se font toutes sortes de dessins. Je n'en ai jamais vu mettre à la figure. Cette couleur reste un mois sans s'altérer et ne s'efface qu'au bout de deux mois.
C'est chez les Maures non seulement un très bel ornement, mais encore un usage consacré par la religion pour les femmes qui se marient. Lorsqu'on a mis le henné à une femme, elle affecte de le faire voir, elle a soin en parlant de faire remarquer ses mains et ses pieds, pour qu'on lui fasse compliment. Partout, les femmes, sont coquettes. La parure des Mauresses ne consiste pas seulement dans le henné. Notre fiancé se fit aussi coiffer, ses cheveux enduits d'une pommade faite avec du beurre, du girofle pilé et de l'eau furent mis en tresses qui lui retombaient sur les épaules et garnies de boules d'ambre, de corail et de verroteries de diverses couleurs.