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Savinien Cyrano de Bergerac


POUR UNE DAME ROUSSE

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Une belle tête sous une perruque rousse, n'est autre chose que le Soleil au milieu de ses rayons ; ou le Soleil lui-même n'est autre chose qu'un grand oeil sous la perruque d'une rousse ; cependant tout le monde en médit à cause que peu de monde a la gloire de l'être ; et cent femmes à peine en fournissent une, parce qu'étant envoyées au Ciel pour commander, il est besoin qu'il y ait plus de sujets que de seigneurs. Ne voyons-nous pas que toutes choses en la Nature sont plus ou moins nobles selon qu'elles sont ou plus ou moins rousses ?
Entre les éléments, celui qui contient le plus d'essence et le moins de matière, c'est le feu, à cause de sa rousse couleur ; l'or a reçu de la beauté de sa teinture, la gloire de régner sur les métaux ; et de tous les astres le Soleil n'est le plus considérable que parce qu'il est le plus roux. Les comètes chevelues que l'on voit voltiger au ciel à la mort des grands hommes, sont-ce pas les rousses moustaches des Dieux qu'ils s'arrachent de regret ? Castor et Pollux, ces petits feux qui font prédire aux matelots la fin de la tempête, peuvent-ils être autres choses que les cheveux roux de Junon qu'elle envoie à Neptune en signe d'amour ? enfin sans le désir qu'eurent les hommes de posséder la toison d'une brebis rousse, la gloire de trente demi-dieux serait au berceau des choses qui ne sont pas nées ; et (un navire n'étant encore qu'un être de raison) Améric ne nous aurait pas conté que la Terre a quatre parties. Apollon, Vénus et l'Amour, les plus belles divinités du Panthéon, sont rousses en cramoisi ; et Jupiter n'est brun que par accident cause de la fumée de sa foudre qui l'a noirci.
Mais si les exemples de la mythologie ne satisfont pas les aheurtés, qu'ils confrontent l'histoire.
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Adam, qui créé par la main de Dieu même, devait être le plus accompli des hommes, fut rousseau. Jésus-Christ fut rousseau, Judas même eut l'honneur d'être l'instrument de notre salut, et de baiser le messie en le trahissant à cause qu'il était rousseau ; et toute philosophie bien correcte doit apprendre que la Nature qui tend au plus parfait essaie toujours en formant un homme de former un rousseau, de même qu'elle aspire à faire de l'or en faisant du mercure.
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En deçà sont les blonds, au-delà sont les noirs, c’est-à-dire les volages et les opiniâtres ; entre les deux est le milieu, où la sagesse en faveur des rousseaux a logé la vertu ; aussi leur chair est bien plus délicate, le sang plus subtil, les esprits plus épurés, et l'intellect par conséquent plus achevé à cause du mélange parfait de ces quatre qualités.
(...)
Pour moi tout ce que je souhaite, ô ma belle M..., est qu'à force de promener ma liberté dedans ces petits labyrinthes d'or, qui vous servent de cheveux, je l'y perde bientôt ; et tout ce que je souhaite c'est de ne la jamais recouvrer quand je l'aurais perdue. Voudriez-vous bien me promettre que ma vie ne sera point plus longue que ma servitude ? Et que vous ne serez point fâchée que je me dise jusqu'à la mort, Madame,

Votre, je ne sais quoi ?"