24 novembre 2004     version fortement augmentée


Lilith, la première femme indépendante

Lilith, par John Collier Selon les diverses sources, Lilith serait la première femme d'Adam, précédant Ève et créée à partir de la même terre qu'Adam, au Sixième jour de la Création. De l'union d'Adam et de Lilith et d'un autre démon, Nahema, la sœur de Tubal Caïn, sont issus Asmodée et toute une race de démons. Ce sont Lilith et Nahéma qui se présenteront déguisées devant le trône de Salomon au cours du fameux jugement...

La Genèse n'est pas claire quant à la création de la première femme, surtout si l'on compare Genèse I et Genèse II, c'est cette divergence qui a donné corps à la présomption de création d'une première femme antérieure à Ève. On peut supposer que l'origine provient d'une influence du culte de la déesse cananéenne Anat, culte féminin qui autorisait les femmes à avoir des rapports sexuels avant le mariage.

Le nom même de Lilith semble dériver du mot assyro-babylonien "lilitu" qui signifie "démon femelle" ou "esprit du vent". Toutefois, Lilith apparaît déjà, plus tôt, sous la forme de "Lilake" dans des tablettes sumériennes d'Ur de 2000 ans avant notre ère, dont la fameuse tablette de l'épopée de Gilgamesh. L'étymologie hébraïque populaire fait dériver Lilith du mot "layil", la nuit, et c'est pourquoi elle apparaît souvent sous les traits d'un monstre de la nuit. Selon la légende, Salomon a suspecté la Reine de Sabah d'être Lilith sur le fait qu'elle avait des jambes poilues.

Lilith refusa de servir Adam comme Dieu l'avait destinée à le faire. Les textes nous disent qu'Adam voulait que Lilith soit placée sous lui durant l'acte d'amour mais un jour celle-ci refusa : "Pourquoi devrai-je être sous toi ?" demanda-t-elle, "J'ai été créée de la poussière, et suis par conséquent ton égale." Adam essaya de la soumettre avec violence et Lilith, en rage, prononça le Nom magique de Dieu et s'échappa. Adam s'en plaignit à dieu qui envoya trois Anges, Senoy, Sansenoy et Semangelof, à la recherche de Lilith.
Le refus de Lilith de revenir aurait ainsi causé sa destitution au profit d'une Ève plus soumise et servile.

Lilith est venue des temps où la place de la femme était bien différente, où la femme était vénérée pour sa capacité à donner la vie. Mais aussi d'un temps où le pouvoir de l'homme n'avait pas encore opprimé la liberté de son égale, la femme.
Elle est souvent représentée sous la forme d'une dévoreuse d'hommes. On lui prête une sulfureuse réputation, tentatrice absolue à la sexualité débridée, dévoreuse de nouveaux nés, castratrice... Mais au fond qui est elle ?
Au travers de l'image misogyne habituelle, on découvre en fait une femme libre, indépendante, refusant l'ordre établi par les hommes et par Dieu, une révélatrice de nos pulsions les plus enfouies. Elle est celle qui ose renverser l'ordre des choses (et l'épisode de la dispute conjugale quant à la place à prendre durant l'amour est un fait bien plus significatif qu'il n'y paraît), refusant toute morale imposée en une liberté alimentée par son caractère de femme non mère, sans responsabilité familiale qui pourraient l'attacher.

Franche, elle n'hésite pas à encourir le courroux de Dieu dans son refus de la soumission mais nous découvrons également qu'elle est fidèle à ses engagements par l'épisode des trois anges envoyés à sa recherche quand elle s'engage à épargner les enfants qui seraient placés sous leur protection. Mais pour conserver son libre arbitre, elle accepte aussi le sacrifice journalier de cent de ses enfants.
Dans ce rôle de femme anti-maternelle, elle fait peur aux hommes qui la désirent toutefois secrètement. Lilith a été rejetée, niée, démonisée afin d'exorciser cette attraction-répulsion qu'éprouve l'homme à son encontre. On l'a jusque associée à la Lune Noire, l'anti-Lune afin de lui faire remplir le rôle de la femme à exiler, à détruire et l'on retrouverait cette négation de la féminité libre jusque dans les bûchers consumants les sorcières en Europe et aux Amériques aux XVIè & XVIIè siècle.
Lilith est le modèle de la femme intégrale, réintégrée à sa place d'égale de l'homme et c'est peut-être pourquoi, aujourd'hui, nombres de groupements féministes se sont emparés de son nom pour symboliser leur combat.
Pour moi, il est clair que Lilith est la patronne, pas vraiment sainte, des femmes rousses !


Pour compléter cette rapide étude sur Lilith et parce que cette femme si actuelle, nous y renvoie, voici l'extrait d'un numéro du Petit Journal de Montmain, dont les sources sont parfaitement historiques :

Aux temps anciens, quand l’espèce humaine vivait de chasse et de cueillette, la lune était l’astre majeur qu’elle vénérait et observait pour déterminer les cycles de son activité. La chasse se pratiquait les nuits de pleine lune et les nuits de nouvelles lunes permettaient le repos et les accouplements sexuels.
La femme, que son cycle menstruel désignait comme étant proche de la lune, était respectée par l’homme, qui lui attribuait le pouvoir de servir d’intermédiaire avec l’astre divin. Les populations menaient une vie nomade et insouciante, ignorant la propriété privée et les conflits d’intérêt qu’elle entraîne.

Lorsque le climat changea, au Néolithique, la chasse et la cueillette ne suffirent plus à assurer la survie des hommes. Ceux-ci durent se convertir à l’agriculture. Les pénibles et incertains travaux des champs se substituèrent aux grandes chasses, exaltantes et fructueuses, du passé. La cueillette d’un navet n’a jamais provoqué une poussée d’adrénaline, comme le fait la capture d’un gibier. L’espérance de vie de l’espèce humaine baissa, le remplacement de la consommation des viandes par celle des céréales, entraîna un rapetissement des individus, la promiscuité avec les animaux domestiques fut à l’origine d’un accroissement des maladies. Le soleil, astre symbolique des hommes, remplaça peu à peu la lune dans la mythologie humaine, à cause de son action directe sur le résultat des cultures. Les femmes perdirent leur aura et furent bientôt méprisées et maltraitées par les hommes. La propriété privée, nécessaire à la conservation des fruits des durs travaux des cultivateurs, entraîna des conflits, qui dégénérèrent bientôt en guerres. Les temps modernes étaient nés.

Ainsi, si seul le poète peut envisager que la femme soit l’avenir de l’homme, les archéologues nous apprennent qu’elle fut certainement son passé. Pour revenir aux temps de paix et de plaisirs quotidiens, que l’on peut encore observer chez quelques populations primitives, il faudrait sans doute remplacer notre culte du soleil, l’astre belliqueux et vaniteux, qui symbolise bien l’homme, par celui paisible et discret, qui est associé traditionnellement à la femme.
Pour éviter que le règne de l’homme ne finisse en catastrophe, revenons à une société féminine, qui substituera le culte de la femme à nos religions machistes, dans lesquelles elle ne sera jamais qu’un résidu de son seigneur et maître.


A tous ceux qui se demandent :
"Mais que vient faire la femme rousse dans tout cela ?"
je réponds :
"N"avez-vous donc pas compris, qu'à travers les femmes rousses, c'est la quintessence de la FEMME que je révère ?"


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