Farid, un admirateur des rousses, nous a fait parvenir ce beau poème en prose :
La peau tachetée de confettis, cendrée ou laiteuse comme une steppe enneigée, la chevelure peinte aux couleurs d'un soleil naissant, les yeux limpides jusqu'à la transparence, la gêne s'affiche sur vos visages comme un rideau de fin de scène. Que vous soyez cruelles, candides ou ingénues, votre rareté vous rend aussi précieuses qu'une relique d'une autre ère, sujettes à passion et à dévouement des érudits ou des initiés.
Rousses vous êtes, douce fête jaillit de vos gestes, regards courroucés et sourires fondants, galbes dessinés au feutre d'argent. Certains vous croyaient sorcières, démons ou magiciennes, mais le seul enchantement, dont vous êtes pourvues, est cette aura ardente qui consume l'antre des plus sains.
Insaisissables comme la brise d'une aurore d'été, tumultueuses tel un typhon dévastateur, vous serez toujours les muses de ceux qui dorment les yeux ouverts, de ceux qui reprennent leur respiration dans leurs idéaux.
Ambassadrices, par excellence, des tourments qui rongent les courtisans, vous êtes ces flammes qui crépitent dans les feux de la délicatesse.
Lorsque vos cheveux sectionnent l'air en un mouvement dense, il ne reste aux béats que la prochaine éclipse solaire pour s'émerveiller à nouveau. Vos regards pétrifient, vos courbes velours, lisses, sont des feux d'artifices de volupté, de grâce et de luxure. Vous marchez sur les braises des prétendants, vous dansez comme des vagues, sur des océans de souffre.
Vous annihilez les rivales, les rendant déshydratées, sans saveurs. Votre seule présence suffit à éclairer une foule, à lui assigner un rôle : vous contempler.
Sur une piste de danse, obscurcie par le brouillard des volutes et des spots, vous flamboyez. Comme le phare guidant les navires, vous éblouissez en activant l'attraction absolue, sans contour possible, sans issue. Et tels des prisonniers volontaires, nos âmes s'emmêlent amoureusement dans cette toile sulfureuse.
Vous êtes celles par qui tout arrive. Celles pour qui tout fini. Vous donner le ciel ne serait qu'insulte. Aucune création ne vous égale, aucune invention ne vous devance, aucun art n'engendre autant d'effrois, de grisaille et de splendeur.
" La lune trop blême pose un diadème sur tes cheveux roux."