24 novembre 2005


L'Eglise et les Rousses



Paul MOMBELLI



Pourquoi les Rousses ont-elles, depuis des temps immémoriaux, été les victimes de l'ostracisme de l'Église, ce qui leur a valu d'être montrées du doigt dans les paroisses et parfois placées sur des bûchers par la Sainte Inquisition ?

D'abord, une raison qui peut tenir de l'histoire fiction pour certain, mais que de plus en plus de spécialistes commencent à accepter comme purement historique. Marie-Madeleine était rousse, cela est un fait établi. Jésus, qui l'aima plus qu'aucun de ses disciples, sans pour cela qu'il y eut forcément une liaison charnelle entre eux, décida qu'elle serait son successeur à la tête de l'Église.
Ce choix faisait abstraction du fait qu'elle soit une femme et ne reposait que sur ses qualités propres et sur la bonne compréhension qu'elle avait des volontés profondes du maître.
Un complot machiste (son caractère machiste étant assez évident à cette époque, où la femme, sous l'éclairage de l'ancien testament, était un être inférieur, soumis à l'homme), permis à Pierre de prendre le pouvoir, soutenus par la plupart des disciples. Tous les textes donnant la préséance à Marie-Madeleine furent exclus de la Bible et le portrait de celle-ci fut sali, faisant d'elle une prostituée repentie, ce qu'on est certain qu'elle ne fut pas. Il fallut attendre 1969, année au cours de laquelle la sainte fut officiellement réhabilitée, en supprimant le terme de "pécheresse", qui était jusque-là associé à son nom.
Mon hypothèse personnelle est que cette confrontation initiale laissa quelques traces dans l'esprit des papes successifs, qui usurpèrent le trône qui devait revenir à Marie-Madeleine, et dans ceux des membres de leurs Curies. Leur ostracisme envers les femmes est évident, les femmes rousses ne souffrirent elles pas, en plus, de leur " filiation " avec la sainte ?

Je crois que la deuxième raison, intrinsèque aux Rousses, qui est cause de leur mise à l'index est leur relative rareté. Dans une population de femmes qui aurait compté 50 % de Rousses, il eut été impossible de les singulariser de façon discriminatoire.
Il faut rappeler, à ce niveau-là, que les Rousses font partie de la gente féminine, qui bien que représentant légèrement plus de la moitié du genre humain, a toujours été soumise à une supposée supériorité des mâles.
Si, après quelques siècles de discussions, l'Église a fini par accorder une âme aux femmes, en France, il n'y a que depuis 1946 qu'on leur a accordé le droit de vote, ce qui n'était qu'un premier pas vers la reconnaissance de l'égalité des sexes, pas encore parfaitement acquise aujourd'hui.
Les Rousses étaient donc doublement discriminées, comme représentantes du sexe féminin et comme porteuses d'une chevelure rousse.

La troisième raison, qui a attiré l'attention de l'Église et de bien d'autres autorités religieuses avant le Christianisme, est la flamboyance de la chevelure des Rousses. Le roux rappelle la couleur du feu, lequel est associé depuis toujours aux puissances infernales. Cela est à rattacher à la " théorie des signatures ", qui se développa en Europe au Moyen-Age et qui prétendait qu'il y a un rapport entre l'apparence d'une plante, la signature de Dieu, et son usage thérapeutique. Ainsi, les Rousses, bénéficiant de cette théorie, avec leurs cheveux de feu ne pouvaient être que des démons.
Le roux rappelle aussi la couleur du sang, ce sang qui a fait considérer les femmes comme impures, par toutes les religions, pendant leur période de menstruation. Les Rousses étaient donc impures de façon permanente.

Quatrième raison : on s'est accordé, de tout temps, pour considérer que les Rousses avaient un fort caractère, ce qui pour une femme, être inférieur par essence, était inacceptable. Cela ne pouvait que renforcer leurs supposées accointances avec le Démon.
À ce fort caractère est généralement associé un sang plus fort que la normale. Ne pas oublier qu'il a fallu des millénaires pour que l'on accorde, à tous les hommes, un sang qui ne dépende ni de la couleur de leur peau, ni de leur condition sociale.
Ce sang fort ne pouvait qu'induire la production d'un lait maternel trop fort, ce qui, encore au XIX° siècle amenait à déconseiller l'emploi d'une nourrice rousse.

Cinquième raison : on a aussi toujours attribué aux Rousses une forte sexualité. Cette particularité serait à relier à leur force de caractère, ainsi qu'à leur côté démoniaque. Pour l'Église, la femme, dès ses origines, a été la tentatrice qui a fait tomber l'homme dans le filet de la perversion, d'où son exclusion du Paradis.
La Rousse étant une femme particulièrement marquée par le Démon, ne pouvait disposer que d'une sexualité particulièrement attractive pour les malheurs qu'elle allait conduire à la damnation.
Cela dit, mes propres sondages font apparaître une tendance marquée, pour les Rousses, à avoir une forte sexualité et un fort caractère. Ces deux caractéristiques ne sont peut-être pas entièrement mythiques.


L'Église d'aujourd'hui a cessé de s'en prendre aux Rousses, ce qui ne l'empêche pas de poursuivre sa discrimination envers les femmes en général. Elle leur interdit l'accès à la prêtrise, sous le fallacieux prétexte que les douze premiers disciples du Christ étaient tous des hommes, alors que nous savons, aujourd'hui, que le premier des disciples, le plus proche de Jésus, était une femme rousse : Marie-Madeleine !



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