Telle le cygne poussin, perdu dans une portée de canetons,
La fillette rousse doit subir les avanies de son entourage.
Des autres, elle est si différente, que, par ces avortons,
Tout ce qui la distingue est présenté à son désavantage.
Puis les années passent et la fillette devient jeune fille
Ce curieux ramage, qui soulevait les propos insultants,
Devient une splendide chevelure aux couleurs de charmille
Portant les feux de l'automne, sur elle qui est printemps !
Sa peau, dont les marmots raillaient la fragile pâleur,
Quand elle apprend à maîtriser les ardeurs solaires,
Devient progressivement d'une magnifique blancheur
Qui, vivante hermine, valorise ses atours somptuaires.
Ces charmantes éphélides, que l'on baptisait taches,
Ses amants les prendront pour poussières d'étoiles
Et aimeront passionnément les compter sans relâche,
Car les hommes seront fous des charmes qu'elle dévoile.
Ses intimes fragrances, que l'on jugeait jadis malodorantes,
Envoûteront les hommes comme de magiques effluences
Annonçant, aux connaisseurs, une merveilleuse amante.
Sous son balcon, de joueurs de guitare, il y aura affluence !
Ainsi le caneton, différent de sa couvée, est devenu un beau cygne
Et ses anciens détracteurs, en dandinant lourdement du croupion,
Se presseront autour d'elle pour avoir l'honneur insigne
D'être remarqués et, peut-être, de devenir ses amis ou ses compagnons.