Version du 26 décembre 2005

EILEEN

Des photographies, suivies de ses confidences


Eileen

Eileen


Voilà qu'Eileen a eu le courage, avec l'approbation de son époux, de passer de la page "chevelures" à la page "photographies".
Merci délicieuse Eileen, tes cheveux ont toujours une couleur superbe et l'on peut, enfin, profiter de tes charmantes éphélides (Pourquoi ris-tu ? De ma bêtise ? Alors tu n'as, hélas, pas fini de rire...)


Mes confidences



Voilà une histoire, belle et dramatique comme un conte d'enfants, mais qui, comme celui-ci, finit bien.
L'idée d'épingler Eileen sur un tableau, comme un papillon, ne me séduisant pas, elle précise, dans un second message : "N'y a-t-il pas des entomologistes, comme dans "Le Papillon", avec Michel Serrault, qui savent garder leurs créatures dans un microcosme qui leur est dédié ? C'est plutôt ainsi que je vois votre manière de faire." Voilà une bonne idée, mais je ne sais pas si le merveilleux mari d'Eileen sera d'accord pour que je la conserve dans mon microcosme ? Quoi qu'il en soit, Eileen, le beau papillon cuivré, ne quittera plus jamais mon microcosme virtuel !


Bonjour, Paul,

Cela fait quelques mois que je regarde votre site. Je suis tombée dessus par hasard, je cherchais des conseils de maquillage pour mon visage parsemé d'éphélides et je trouve, je ne sais comment, votre boîte de Pandore.
Évidemment, j'étais curieuse, comme toutes les autres je m'étonnais de voir enfin un site qui ne nous considérait pas comme des objets. J'avais l'impression que vous recherchiez nos témoignages comme un entomologiste étudie des papillons.
Je suis un de ces papillons, maintenant que vous avez reçu mon mail, et l'idée me plaît assez.
Je suis rousse cuivrée aux yeux verts, j'ai 26 ans et je suis mariée à un homme qui aime les papillons. À la différence qu'il n'en aime qu'un.

La première chose qui m'est venue à l'esprit, en lisant les témoignages et tout le bien que vous dites de nous avons été : Pourquoi ne m'a-t-on pas dit tout ça petite ?
Ma mère rousse, comme moi, a été battue et maltraitée petite, parce qu'elle était la seule de sa fratrie à arborer cette chevelure, elle était considérée comme un enfant du diable, elle dormait avec les bêtes et subissait des mauvais traitements. Comment lui en vouloir de considérer sa couleur comme un fardeau ?
Elle épousa mon père, puis divorça peu de temps après avoir eu ses deux filles. S'ensuivit une enfance où ma mère me berçait d'histoire sur les sorcières, l'Irlande, les contes de fées ou la rousseur était un cadeau, un signe, un don.
J'avais envie de la croire, mais elle semblait être la seule à penser de cette manière, à l'école, on me bousculait : sorcière, poil-de-carotte, brûle en enfer, tu as bronzé à travers une passoire ? Les rousses ça pu quand il pleut... Et autres charmantes attentions. Je me suis fait battre une ou deux fois.
Mais je savais que j'avais de la valeur, une chose magique qui était dans mon sang, qui auréolait ma tête et, comme je n'avais pas la fibre du martyr, j'en jouais (méfie-toi, je vais te faire attraper des pustules !
C'était assez efficace ! Et cela s'avéra au combien vrai à l'adolescence ! Je fus épargnée, en ce qui me concerne.
Les hommes commençaient à me regarder différemment et je n'y étais pas préparée, j'avais une peur maladive que ce que l'on disait du tempérament lubrique des rousses. Chaque fois qu'un homme me faisait des avances, j'avais la sensation qu'il me prenait pour une prostituée. Je prenais donc férocement 30 kilos, sans vraiment m'en rendre compte. Quelle protection !
Et puis, je rencontrais mon mari, qui sut m'apprivoiser, il fut d'abord mon ami, me laissa prendre les initiatives, sans jamais me forcer la main. Je lui déclarais la première mon amour et il ne cessa plus de me redonner confiance.
Il a ainsi continué à me raconter combien j'étais spéciale, combien ma rousseur me rendait différente et merveilleuse à ses yeux.
De plus, je réalisais peu à peu que mes kilos superflus ne me protégeaient pas des hommes, car je devenais de moins en moins sur la défensive et je découvrais que je plaisais à d'autre et que j'arrivais à ne plus prendre cela comme une agression.
En réalité, je pense que j'avais peur de céder aux avances que l'on pouvait me faire, parce que j'avais un tempérament passionné et tendre. Quand on a envie d'être aimée, on céderait à tout pour l'être...
Voilà où ces années m'ont menée, je tente de perdre maintenant ma carapace inutile, un genre de ceinture de chasteté de douceur.
Que le chemin est long pour assumer le fait d'être rousse ! Comment peut-on considérer cela comme une simple couleur, c'est toujours une histoire, une identité profonde, un symbole marqué au fer rouge que l'on doit garder comme une chance et un cadeau immense de la vie. Il coûte cher, mais il vaut son prix.
Alors merci de nous aimer parce que nous sommes spéciales...

Eileen


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